07.04.2008
Libérez-les tous !
Le billet de Patrick Parment
C’est tout à la fois lassant et comique. Ce week-end encore, les foules démocratiques éplorées, toutes ces bonnes âmes suant la compassion, ont encore défilé dans un Paris frisquet et pluvieux.
Il faut dire que la matière ne manque pas. Il y d’abord la mère Betancourt, elle a le mérite de l’ancienneté. Ca fait des années que, de marche en marche, de foules anonymes en Sarkozy, on réclame sa libération. Les FARC a priori s’en foutent, ils sont planqués dans la forêt où il est quasi impossible de les déloger. Et puis, il y a en arrière-plan la drogue qui sert autant les intérêts des guérilleros et du gouvernement colombien que de la CIA, très bien implantée. Tout le monde se sert dans cette tambouille. Alors, la mère Betancourt, tout le monde s’en fout.
On a défilé aussi, ou on s’apprête à le faire, contre la Chine pour les horreurs qu’elle perpétue au Tibet. On veut embêter les Chinois et on profite des Jeux olympiques..
Je l'avoue, la cause est grave, car voici des lustres que les Chinois éradiquent la culture tibétaine, déportent et importent des populations. On nage en plein foutoir. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Un de mes amis me faisait la remarque suivante : "y-a-t-il encore un Tibétain au Tibet ?" C’est bien de gueuler, de défiler – ça fait une sortie avec les gosses le dimanche quand on ne sait pas quoi foutre –, mais comme dirait Chirac : « Ca m’en touche une sans faire bouger l’autre. » Hein, monsieur Ménard, l’ayatollah de Reporters sans frontières. Il a eu son quart d’heure de célébrité à la téloche, le Ménard, comme le disait le cousin Andy Warhol !
On aurait dû défiler aussi pour libérer l’équipage du Ponant, pris en otage par des pirates – en plein 21ème siècle ! – au large de la Somalie. Mais, là, il semble qu'on manque de personnel.
Voici belle lurette que les Européens ne pratiquent plus la politique de la canonnière, pour la bonne raison qu’ils ne font plus de politique du tout. On est à la traîne et à la remorque d’on ne sait quel fantôme quand celui-ci ne s’appelle pas l’Amérique. L’Amérique ? Parlons-en. Elle n’a jamais pris l’exacte mesure de ce qu’est la puissance et, de surcroît, les Américains sont de piètres guerriers. Depuis la fin de la dernière guerre, ils ne font que des bourdes géopolitiques dont nous payons en retour la note.
Certes, me direz-vous, la logique d’une puissance maritime n’est jamais celle d’une puissance continentale. Nous sommes bien d’accord. C’est la raison pour laquelle, le mur de Berlin tombé, nous aurions dû prendre nos distances avec et l’Angleterre et l’Amérique. Ce qui ne veut pas dire qu’il fallait couper les ponts. Non, il aurait fallu initier d’autres rapports.
D’avoir laissé, sans moufter, bombarder la Serbie par des avions américains donne l’exacte mesure de ce qu’est cette Europe gouvernée par des eunuques.
Le seul qui regarde d’un air goguenard toute cette agitation, c’est Vladimir Poutine. Il se demande à quelle sauce il va manger tout cela. Peut-on lui donner tort ?
15:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrick parment, bétancourt, farc, sarkozy, synthèse nationale
01.04.2008
Digression sur une banderole
Le Billet de Patrick Parment
Si le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen, alors que dire du foot qui vole souvent au ras des pâquerettes, voire des QI ? On n’ira pas vous dire que ceux qui ont exposé une banderole, lors du match de je ne sais trop quel Ligue, entre le Paris-Saint-Germain (Ile-de-France) et Lens (Nord, donc Cht’is), sur laquelle on pouvait lire : «Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Cht’is » sont des mecs raffinés, mais franchement, il fallait quand même le prendre au second degré. D’autant que l’équipe de zozos, supporters habituels du PSG, auteur de ce crime semble-t-il, n’en est pas à son coup d’essai.
Lors des faits, le président de la République et sa suite ont superbement ignoré l’incident et les banderoles ont été retirées. On aurait dû en rester là et ne donner aucune publicité à cette affaire. Mais la bien-pensance en a décidé autrement.
Mais de quel poids est-elle, cette banderole, face au suicide de cette mère de famille de deux enfants, secrétaire depuis vingt ans chez Peugeot et que l’on a poussé vers la porte sous couvert de départ volontaire ? C’est du moins ce qu’affirme l’avocat de la famille.
Que dire de ces 1 090 ouvriers, toujours de chez Peugeot, qui vont bientôt prendre le même chemin ? Imagine-t-on un seul instant la casse sociale et le désarroi dans lequel on va plonger toutes ces familles, quand dans le même temps, sur les plateaux de télé, la « bien-pensance » est à l’oeuvre et s’interroge sur le sort à réserver aux zozos qui ont osé dauber sur le film de Dany Boon (qui vient de se mettre plus de 3 millions d’euros dans les fouilles en reconnaissance d’un juste talent).
Que dire encore des 600 ouvriers de l’usine de Gandrange, eux aussi immolés sur l’autel du capitalisme financier. Qu’avait besoin Arcelor, aciérie européenne, franco-luxembourgeoise exactement, d’aller se fondre dans un conglomérat mondialisé. Le sieur Mittal, patron indien de ce bouclar raisonne en financier du monde globalisé : on ferme ici, on vend-là et on ramasse les bénéfices. Où est la vision géopolitique dans cette affaire ? Nulle part.
Qu’en pense la bien-pensance de toutes ces familles qui vont se retrouver dans le besoin ? Qu’en pense monsieur Xavier Bertrand, ministre du Travail justement et l’homme fort du gouvernement paraît-il ? Qu’en pense notre président qui a déclaré « l’Etat prêt à investir sur le site avec ou sans Mittal » ?
01:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrick parment, foot, politique, nord


