15.04.2008
Le succès de la Ligue du nord va contraindre Berlusconi à une radicalisation
SOURCE : AFP
Le succès du parti populiste de la Ligue du nord, l'encombrant allié de Silvio Berlusconi qui a doublé son score aux législatives italiennes, va contraindre le nouveau chef du gouvernement à prendre un virage à droite, notamment sur les thèmes de l'immigration et du fédéralisme fiscal.
« Tout peut changer maintenant. Nous avons à présent la force nécessaire pour faire passer les idées du nord, nous sommes plus forts que jamais », a déclaré mardi dans la Stampa Umberto Bossi, 66 ans, le leader de la Ligue du nord.
S'il plafonnait à 4,5% dans le Parlement sortant, le parti xénophobe, autonomiste et anti-européen a doublé son score lundi en recueillant 8,3% des voix au Sénat et 8,1% à la Chambre des députés.
Dans ses bastions de la Vénétie et de la Lombardie, la Ligue a enregistré des pointes dépassant les 25% qui lui permettent de renouer avec un succès qu'elle n'avait plus connu depuis 1996 (10,1%), avant une traversée du désert qui la fit ensuite plonger à 3,9% (en 2001).
Se félicitant de son score, Umberto Bossi a cependant promis dès lundi soir que Silvio Berlusconi ne serait "jamais otage" de son parti et qu'il s'en tiendrait "au programme commun" négocié au sein de la coalition, qui regroupe aussi le parti Alliance nationale (droite conservatrice) de Gianfranco Fini.
"C'est un retour en force de la Ligue du nord qui avait été cannibalisée par Forza Italia (l'ancien parti de Silvio Berlusconi), elle va certainement exiger des responsabilités et des ministères importants, et insister sur trois thèmes, le fédéralisme, l'immigration et les questions européennes", a résumé Marc Lazar, politologue français basé en Italie.
Sans oublier Alitalia, dont le plan de sauvetage a débouché sur le sacrifice d'une grande partie de l'activité de l'aéroport de Milan-Malpensa, décrié par la Ligue du nord et dont les conséquences économiques au niveau local expliquent sans doute le succès du parti.
"Après le vote, Malpensa revient dans le jeu. Le nord a investi beaucoup d'argent et cet aéroport ne peut pas être fermé", a affirmé Umberto Bossi. Sans compter que Silvio Berlusconi a fait souffler le chaud et le froid sur l'issue du dossier s'il remportait les élections.
Le fédéralisme fiscal sera "la première initiative" de la Ligue du nord une fois au gouvernement, a également promis Umberto Bossi: « Il est impensable que tout l'argent (issu des impôts payés par le nord) atterrisse toujours à Rome », a-t-il estimé.
La Ligue devrait aussi tenter d'imposer au sein du gouvernement Berlusconi ses positions clairement anti-immigration, à l'image de ses élus qui défraient régulièrement la chronique.
Une ancienne vice-ministre italienne de l'Education, responsable locale de la Ligue du nord, avait suscité la polémique en novembre dernier en promenant un porc, animal impur pour les musulmans, sur le terrain d'une future mosquée à Padoue.
Roberto Calderoli, ministre des Réformes dans le précédent gouvernement Berlusconi, s'était quant à lui illustré en arborant un T-shirt imprimé d'une caricature du prophète Mahomet, une démarche qui avait provoqué de violentes manifestations devant le consulat d'Italie à Bengazi, en Libye, au cours desquelles dix personnes avaient trouvé la mort.


