27.03.2008

Pas de citrouille pour Nicolas

1757506460.jpgTu sais qu’on a eu les foies, Nicolas ! Du bar du Goujon fidèle à Tarascon-sur-Ariège au bureau du chef du protocole de l’Elysée, toute la France avait le trouillomètre à zéro pendant ces deux jours de visite à haut risque de dérapage protocolaire, dans un royaume où l’étiquette est un vaste champ de mines.

C’était pour toi une occasion rêvée de redorer ton blason. Tu t’en es plutôt bien sorti, malgré une photo de Carla très peu couture diffusée dans les journaux anglais, malgré quelques tics et trémoussements, malgré tes regards de gamin émerveillé qui passe directement de Disneyland à un vrai palais avec une vraie reine. L’entente cordiale en est toute ragaillardie.

Tu as su contenir tes pulsions tactiles et c’est bien. Ne pas tripoter la reine, ne pas lui péter la bise ou lui pincer les fesses en fin de banquet, bien ! Tu n’as pas bu l’eau des rince-doigts et ne t’es pas mouché dans la nappe, bien ! Et s’il est vrai que le prince Philip s’enquiquine à mourir depuis des lustres dans cette cour empesée, tu as résisté à la tentation de lui raconter une bonne blague bien graveleuse pour essayer de le décoincer. Et si, oui, tu as été pris de pitié pour ce pauvre Charles, tu as aussi évité de faire remarquer à l’un de tes ministres présents (ce qu’une oreille indiscrète aurait forcément entendu) que ta meuf est nettement mieux roulée que cette brave Camilla emplumée et plâtrée de fard.

Tu as su exporter notre french touch d’exotisme en faisant promener face à face Rachida et Rama en carrosse (pas très à l’aise les pauvrettes, d’abord elles ne peuvent pas s’encadrer et puis il est vrai que, n’étant pas tombées dans le chaudron quand elles étaient petites, elles étaient peu préparées à fréquenter les grands de ce monde.) Tu me diras que si on y avait mis Bachelot et Boutin dans le carrosse, c’était la casse assurée et l’incident diplomatique qui va avec.

Allez, un petit reproche tout de même. Tu as pensé à remiser Ray-ban, Rolex et portable pour te présenter devant les deux chambres réunies, ça c’est bien. Mais tu as peut-être un peu excessivement ciré les pompes des parlementaires britanniques qui n’ont peut-être pas ta promptitude sentimentale. Et passer de l’entente cordiale à l’entente amicale le temps de traverser la Manche sera sans doute pour eux tout aussi difficile à avaler qu’un plat de cuisses de grenouilles.

Chantal Spieler