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25.03.2008

Du Kosovo au Tibet, les incohérences de la diplomatie sarkozienne

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Jean-Claude Rolinat

Dictionnaire des États éphémères ou disparus de 1900 à nos jours, Jean-Claude Rolinat, 506 pages, Dualpha éditeur. 

 

En politique extérieure, on le sait, les États sont des monstres froids. Souvent, les considérations géographiques commandent à la diplomatie en partant du principe que l’on ne choisit pas son voisin. Les gouvernements n’ont pas d’états d’âme, rien que des intérêts. Si l’on se réfère à ce principe d’action, contradictoire toutefois avec la religion des droits de l’homme mise à toutes les sauces et pratiquée en théorie par les autorités françaises, on ne peut qu’être étonné, interloqué, interpellé, pour ne pas dire scandalisé, par le « deux poids, deux mesures » appliqué par exemple à l’analyse des situations kosovare et tibétaine. D’un côté, nous avons l’attitude du gouvernement français qui reconnaît officiellement l’existence internationale d’un État bidon et mafieux, à la consistance totalement artificielle, le Kosovo, et, de l’autre, un silence radio digne de la diplomatie vaticane concernant le énième sursaut indépendantiste de l’une des plus vieilles nations du monde, le Tibet. En quoi la reconnaissance du Kosovo apporterait à la France un avantage matériel quelconque, s’agissant d’une région interne arrachée à un antique État qui entretint, depuis son émergence au XIXe siècle, d’excellentes relations avec Paris, la fraternité d’armes pendant le conflit de 1914-1918 en étant une sublime illustration ?

 

A la lumière du principe fondamental consistant à accorder le droit à l’autodétermination de tous les peuples, pourquoi interdire à l’Abkhazie, au Nagorny-Karabakh, à la Transnistrie ou à l’Ossétie du Sud ce que l’on accorde au Kosovo, qui ne fut jamais l’une des six Républiques constituantes de la défunte Yougoslavie mais une simple province serbe dotée par intermittences d’un statut d’autonomie interne ? Pourquoi oublier le Kurdistan écartelé entre Irak, Iran, Syrie et Turquie, pourquoi ne pas reconnaître la spécificité tamoule au sein du Sri Lanka ou celle des Karens de Birmanie, au pire, l’artificiel pseudopode algérien qu’est la République arabe sahraouie proclamée dans les sables de l’ex Rio de Oro espagnol ? Nombreux sont les territoires artificiels découpés sur la carte de ce vaste monde qui n’eurent qu’une éphémère existence (1). En revanche, sur le toit de ce même monde, une antique théocratie, dont l’indépendance fut officiellement proclamée par le Dalaï-lama d’alors en 1912, a été effacée du planisphère par l’annexion chinoise du 7 octobre 1950, confirmée par la sanglante répression de l’insurrection indépendantiste de novembre 1959. Considéré depuis par Pékin comme l’une de ses minorités nationales, le Tibet a été officiellement vassalisé par l’accord en 17 points du 23 mai 1951 qui stipulait « que les autorités centrales ne modifieront pas le système existant au Tibet, le statut, les fonctions et les  pouvoirs du Dalaï-lama et du Panchen-lama ». Or, que vaut un « traité » obtenu sous la contrainte dont les clauses ont été, à l’évidence, violées par l’un des deux signataires ? Érigé en « région autonome » le 1er septembre 1965, le Tibet n’a en réalité aucune marge de manœuvre et n’a « d’autonome » que l’adjectif sur le papier.

 

Décidés à imposer le marxisme à toute la population, les Chinois entreprirent la destruction de toutes les structures sociales et politiques. Une campagne de persécution s’abattit sur ce malheureux pays : déportation des populations, réforme agraire, installation de Chinois conduisant petit à petit à une substitution de populations. Entre 1950 et 1990, on évalue à 1 200 000 personnes le nombre de Tibétains morts des suites de l’occupation chinoise : combats, exécutions, travaux forcés, blessures mal soignées, décès des exilés...

 

Entouré, en Inde, par plus de 100 000 des siens, le Dalaï-lama reste la figure emblématique des Tibétains de l’intérieur comme ceux de la diaspora. Même si sa position sur le futur statut de son pays est moins radicale que celle du gouvernement tibétain en exil qui siège à Dharamssala, on peut s’interroger sur l’avenir de Tenzin Gyatsan, Prix Nobel de la Paix, 14ème incarnation de l’esprit « Bodhisattva Ava Lokitesvera » : sera-t-il le dernier souverain tibétain ?

 

En octobre 1990, au grand dam des autorités chinoises communistes, il avait été reçu par des ministres français. (Quel héroïsme !) Si l’on veut bien admettre que les relations avec la Chine rouge sont délicates, complexes s’agissant de nos intérêts économiques et qu’il faut y regarder à deux fois avant d’émettre un avis, contrairement aux partisans du boycott, je suis de ceux qui pensent que les J. O. de Pékin constituent une formidable vitrine pour la promotion de la souveraineté tibétaine, pour peu que les athlètes se sentent mobilisés et que les résistants de la cause indépendantiste profitent intelligemment de cette opportunité. Dans la lutte à mener contre l’impérialisme communiste chinois, il ne serait pas non plus inintéressant que le gouvernement du Kuomintang de Taïwan, qui se veut « l’autre » Chine, fasse part de son point de vue. En France, il faut prendre à leur propre piège les zélateurs des « Droitsd’l’Hom » et les partisans du principe d’autodétermination. C’est l’une des conditions pour faire reculer le mondialisme niveleur de peuples.

source : Synthèse nationale 

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