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19.02.2008

Shoah et devoir de mémoire

879327da40fbbe0ad0f2cbeaa4094038.jpgUne gaffe érigée en projet pédagogique

« ...Je veux redonner à tous les Français la fierté d'être Français. Je veux leur dire qu'ils auront à choisir entre ceux qui assument toute l'Histoire de France et les adeptes de la repentance qui veulent ressusciter les haines du passé en exigeant des fils qu'ils expient les fautes supposées de leur père et de leurs aïeux... La France n'a pas à rougir de son histoire. Elle n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l'Homme et elle est le pays du monde qui s'est le plus battu pour la liberté. » (Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007, campagne présidentielle)

Il n’en rate pas une notre petit président. Sautiller, faire du bruit, vivre dans l’immédiateté... Les petites phrases fusent sans même qu’il se rende compte de l’énormité de certains de ses propos.

Parce que la petite dernière (le parrainage par des enfants de 10 ans d’enfants morts, victimes de la shoah), il fallait vraiment la faire. Ne me dites pas que c’était réfléchi, personne n’y croit, pas même son entourage.

J’imagine la mine atterrée de Simone Veil, présente à ce fameux dîner du CRIF quand Nicolas Sarkozy, l’oeil humide et la voix congestionnée de compassion cuite à point, lâche sa trouvaille du jour. Même Sitruk n’y avait pas pensé !

Quid de l’impact psychologique que subiront ces enfants à qui l’on confiera la mémoire d’un petit martyr, victime des crimes nazis ? Quid de l’inévitable sentiment de culpabilité qui sera ressenti par ces enfants astreints ainsi à expier des fautes qui ne les concernent en rien ?

Et puis ce n’est pas bien de pratiquer ainsi un tri compassionnel sélectif : un enfant mort en déportation aurait t-il droit à une plus grande piété mémorielle qu’un enfant vendéen ou arménien qui aura pourtant été victime, lui aussi, d’atrocités commises au nom d’une exigence d’extermination ?

Après la boulette de l’affaire Guy Môquet, la leçon aurait due être retenue... On se souvient que la lecture de la lettre du jeune Môquet avait fait tousser les syndicats enseignants. Guy Môquet avait en effet été arrêté, non pas pour des actes de résistance, mais tout simplement parce qu’il distribuait des tracts pour le parti communiste, ce qui ne se faisait pas à l’époque. Une falsification de l’histoire pour enfoncer le clou de la repentance contrainte, qui n’a pas pris. L’affaire Môquet est partie en vrille et le souvenir qui en restera est associé à la défaite de l’équipe de France de rugby en coupe du monde. Tu parles d’un flop ! 

Pour l’affaire qui nous occupe aujourd’hui, c’est un autre problème qui se pose. Les déportés d’Auschwitz désapprouvent, la classe politique, à droite comme à gauche aussi, et les syndicats enseignants eux-mêmes s’inquiètent de la mise en place d’un tel projet en dénonçant « l’injonction politique sur l’école sans aucune concertation ». Cela nous donne la mesure du malaise.

Histoire et mémoire. Deux mots qui ne se confondent pas tout simplement  L’enseignement de l’histoire à l’école doit être nécessairement libéré de toute pression mémorielle, quelle qu’elle soit. Le devoir de mémoire, lorsqu’il doit s’appliquer, doit se faire en dehors de l’école, tout le monde le sait, sauf Nicolas Sarkozy. On fait pourtant ce qu’il faut en France : procès, commémorations, films et documentaires. Lors d’une récente promenade dans les rues de Paris, j’ai eu l’occasion de passer devant le mémorial de la shoah, ouvert en 2005 en plein coeur du Marais, avec le fameux mur des noms des 76.000 juifs, dont 11.000 enfants déportés, et j’ai pu observer le grand nombre de plaques sur les immeubles, rappelant la mémoire de juifs arrêtés et déportés. Impossible d'oublier.

Pour Xavier Darcos, chargé du dossier, « l’intuition » présidentielle est une bonne chose. "L'objectif de la démarche semble devoir primer sur les modalités de la mise en oeuvre". C’est ce qui s’appelle faire avec. Bon courage ! La polémique enfle de jour en jour et le dossier est loin d’être bouclé

Décence, tact, bienséance, réserve, dignité, respect, autant de notions qui tintinnabulent aux oreilles de notre camelot de la politique, sans espoir d’être assimilées. Eviter de parler à tort et à travers relève pour N. Sarkozy d’une problématique qu’il n’est pas prêt de résoudre.

Chantal Spieler

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