« Pour le respect du NON et contre le traité de Lisbonne, mobilisation nationale lundi soir... | Page d'accueil | Les racines chrétiennes de l'Europe »

04.02.2008

La « Catho », centre de formation d'immams

Henri Dubost pour Novopress France

Le « Centre de Recherche sur la Paix » de la Faculté de Sciences Sociales et Economiques (FASSE) – qui dépend de l’Institut Catholique de Paris – vient de mettre en place un nouveau diplôme universitaire, intitulé

« Religions, laïcité, interculturalité » . Curieusement, ce cursus qui n’exclut à priori aucune sensibilité religieuse ne recrute que des étudiants musulmans…

On pourra lire une présentation de ce diplôme universitaire sur le site de la FASSE . Présentation en trompe-l’œil : dans les sept pages du texte, l’islam n’est mentionné en effet qu’une seule fois, dans le libellé d’un cours de quatorze heures (sur les quatre cents heures de la formation) intitulé « Pratiques musulmanes au quotidien ». On constatera en particulier que ni le public concerné, ni les partenaires de la formation, ni les compétences visées ne font la moindre référence à l’islam, pas plus que les quatre « pôles » du contenu…

Malgré ces précautions, tout le monde a compris qu’il s’agissait bien d’une formation pour prédicateurs musulmans au sein de l’Institut catholique de Paris. Parmi les vingt-cinq « étudiants », on ne compte en effet aucun prêtre vaudou, sorcier animiste, réducteur de tête, pasteur évangéliste, quaker, curé traditionaliste, adorateur de l’Oignon ou pope orthodoxe. Tous sont musulmans : un Irakien d’origine chrétienne chaldéenne converti à l’islam, un imam de Seine-et-Marne d’origine algérienne, trois femmes d’une trentaine d’années, dont deux voilées. Quant aux vingt autres, ils nous viennent tout droit de la Mosquée de Paris (qui, curieusement, n’est pas mentionnée comme « partenaire » de la formation). Bref, on est entre soi, c’est plus simple comme ça. La moyenne d’âge des « étudiants » tourne autour de 40 ans. Une petite quinzaine possède la nationalité française.

La mise en place de cette formation au sein de l’Institut catholique de Paris – et les professions de foi laïque de circonstance du recteur Pierre Cahné – ont vraisemblablement été l’objet avec les pouvoirs publics d’un marché dont l’autre terme pourrait être la promesse d’une reconnaissance rapide par l’Etat des diplômes délivrés par les universités catholiques. Alors que les universités de Paris IV-Sorbonne et de Paris VIII-Saint-Denis, sollicitées par les pouvoirs publics, déclinaient l’offre, la « Catho » acceptait bien volontiers de porter le projet sur les fonts baptismaux. « Avec l’accord de Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris et chancelier de la Catho » , précise François Mabille, doyen de la FASSE. Difficile de nier que la présentation en ligne est empreinte d’une certaine pesanteur maçonnique (histoire de France à partir… de la Révolution, devise de la République, déclaration des droits de l’homme et du citoyen, etc.), Et on y cherchera en vain la moindre référence au message christique. Si M. le recteur Cahné savait ce qu’il faisait, il est en revanche permis d’espérer que Monseigneur n’y a pas vu malice…

Pour Olivier Bobineau - sociologue des religions au CNRS, enseignant à la FASSE et maître d’œuvre du contenu pédagogique : « Il s’agit de proposer une formation complémentaire à des imams et non de les former théologiquement. Ce qui est nouveau, poursuit-il, c’est d’offrir une formation de niveau et de qualité universitaires qui soit complémentaire de la formation théologique que reçoivent [ailleurs] les imams. Ils auront ainsi reçu une approche des cadres juridiques et normatifs des valeurs républicaines dans un cadre laïc. On les aura formés à discuter, à s’entretenir mais aussi, surtout, à s’intégrer dans la République Française. ». Quand il précise les buts assignés à la « Catho » par les pouvoirs publics, c’est évidemment pour en rajouter une couche sur la laïcité. Une laïcité « ouverte, stimulante, respectueuse des convictions de chacun, mais aussi exigeante, vigilante, intransigeante même » (dixit François Fillon à la Grande Mosquée de Paris en septembre dernier). Autrement dit, une laïcité porteuse de toutes les vertus et de tous les espoirs de préserver ce qu’il reste de « vouloir vivre ensemble » quand les banlieues flambent et que la guerre civile pointe à l’horizon…

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée et président du Conseil français du culte musulman (CFCM) précisait en septembre dernier : « On pourrait avoir dès janvier vingt-cinq étudiants de notre institut au sein de cette formation. Il s’agit à l’heure actuelle d’une proposition aux étudiants qui ont déjà effectué une année chez nous. C’est une formation non religieuse, et nous avons souhaité bénéficier des bienfaits de l’expérience de la Catho de Paris dans le cadre d’un enseignement laïc (sic) ».

C’est Didier Leschi, chef du bureau des cultes au ministère de l’intérieur, qui ne décolère pas contre les intégristes laïcards : « Mon étonnement premier n’est pas que la FASSE, à la Catho de Paris, propose ce genre de formation [NDLR : nous ne sommes pas vraiment étonné non plus], mais que l’université classique ait refusé d’assumer des formations sécularisées pour des responsables religieux en France » avoue-t-il avec amertume. Et de saluer ses potes laïcs – pas laïcards – de la Catho : « Je précise que l’Institut catholique de Paris s’inscrit dans un système laïc. Et on avance avec ceux qui acceptent d’avancer ». Heureux les hommes de bonne volonté…

Voilà qui vous met finalement les présidents d’université « classiques » dans le même camp que les obscurantistes de l’Union des organisations islamiques de France. Par la bouche de son premier vice-président, Fouad Alaloui, l’UOIF n’a-t-elle pas d’ores et déjà prévenu qu’elle « n’enverra pas d’étudiants » à la formation proposée par la Catho ? « Symboliquement, poursuit M. Alaloui, je ne crois pas que le lieu soit adéquat. Il faudrait un lieu plus neutre. » Pourquoi pas l’institut dont dispose l’UOIF à Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre), dominé par la forte personnalité de Youssef al Qaradawi ?…

Jean-Philippe Moinet, ancien secrétaire général du Haut-Conseil à l’intégration, enseignera les « vertus républicaines » aux futurs imams. Il ne doute manifestement de rien, M. Moinet, quand il affirme : « La laïcité mérite une pédagogie et une transmission, surtout pour ceux qui viennent de pays dans lesquels ce principe phare de la culture française n’est pas un référent » . Cette prétention de la République à vouloir « organiser l’islam », autrement dit à vouloir encadrer un assaut triomphant contre une institution moribonde, a quelque chose de pathétique. L’évocation du « principe phare de la culture française » ne peut que faire sourire des gens pour qui le monde se divise essentiellement en deux « maisons » : le Dar al-Islam, la maison de la soumission dans laquelle est appliquée la charia, et le Dar al-Harb, la maison de la guerre, actuellement aux mains des infidèles mais qui a vocation à intégrer un jour prochain le Dar al-Islam par le feu et le sang, ainsi que l’a promis le Prophète.

On opposera au charmant babil de nos distingués « laïcs » les propos de M. Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille sud, tenus dans Le Parisien en 2003 : « La loi française ne reconnaît pas la communauté, seulement la citoyenneté. Dans l’islam, la notion de citoyenneté n’existe pas, mais la notion de communauté est très importante, car reconnaître la communauté, c’est reconnaître les lois qui la régissent. Nous travaillons à ce que la notion de communauté soit reconnue par la République. Alors nous pourrons constituer une communauté islamique appuyée sur les lois que nous avons en commun avec la République, et ensuite appliquer nos propres lois à notre communauté » .

Tout est dit, clairement, et en beaucoup moins de quatre cents heures…

Ecrire un commentaire